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Texte Libre

Paroles et Musiques

Mardi 13 octobre 2009


La ronde des jurons
par
Georges Brassens :


Voici la ron-
de des jurons
Qui chantaient clair, qui dansaient rond
Quand les Gaulois
De bon aloi
Du franc-parler suivaient la loi
Jurant par-là
Jurant par-ci
Jurant à langue raccourcie
Comme des grains de chapelet
Les joyeux jurons défilaient

Tous les morbleus, tous les ventrebleus
Les sacrebleus et les cornegidouilles
Ainsi, parbleu, que les jarnibleus
Et les palsambleus
Tous les cristis, les ventres saint-gris
Les par ma barbe et les noms d'une pipe
Ainsi, pardi, que les sapristis
Et les sacristis
Sans oublier les jarnicotons
Les scrogneugneus et les bigr's et les bougr's
Les saperlottes, les cré nom de nom
Les pestes, et pouah, diantre, fichtre et foutre
Tous les Bon Dieu
Tous les vertudieux
Tonnerr' de Brest et saperlipopette
Ainsi, pardieu, que les jarnidieux
Et les pasquedieux

Quelle pitié
Les charretiers
Ont un langage châtié
Les harengères
Et les mégères
Ne parlent plus à la légère
Le vieux catéchisme poissard
N'a guèr' plus cours chez les hussards
Ils ont vécu, de profundis
Les joyeux jurons de jadis

Tous les morbleus, tous les ventrebleus
Les sacrebleus et les cornegidouilles
Ainsi, parbleu, que les jarnibleus
Et les palsambleus
Tous les cristis, les ventres saint-gris
Les par ma barbe et les noms d'une pipe
Ainsi, pardi, que les sapristis
Et les sacristis
Sans oublier les jarnicotons
Les scrogneugneus et les bigr's et les bougr's
Les saperlottes, les cré nom de nom
Les pestes, et pouah, diantre, fichtre et foutre
Tous les Bon Dieu
Tous les vertudieux
Tonnerr' de Brest et saperlipopette
Ainsi, pardieu, que les jarnidieux
Et les pasquedieux

Par mamzelle.B
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Jeudi 1 octobre 2009

Sens dessus dessous

Actuellement mon immeuble est sans dessus dessous.
Tous les locataires de dessous
voudraient habiter au-dessus !
Tout cela parce que le locataire
qui est au-dessus
est allé raconter par en dessous
que l'air que l'on respirait à l'étage au-dessus
était meilleur que celui que l'on respirait
à l'étage en dessous !
Alors le locataire qui est en dessous
a tendance à envier celui qui est au-dessus
et à mépriser celui qui est en dessous.
Moi je suis au-dessus de ça !
Si je méprise celui qui est en dessous,
ce n'est parce qu'il est en dessous,
c'est parce qu'il convoite l'appartement
qui est au-dessus, le mien !
Remarquez, moi je lui céderai bien
mon appartement à celui du dessous
à condition d'obtenir celui du dessus !
Mais je ne compte pas trop dessus.
D'abord parce que je n'ai pas de sous !
Ensuite, au-dessus de celui qui est dessus,
il n'y a plus d'appartement !
Alors le locataire du dessous
qui monterait au-dessus
obligerait celui du dessus
à redescendre en dessous.
Or je sais que celui de dessus n'y tient pas !
D'autant que, comme la femme de dessous
est tombée amoureuse de celui du dessus,
celui du dessus n'aucun intérêt a ce que
le mari de la femme de dessous
monte au-dessus !
Alors là-dessus ...
quelqu'un est-il allé raconter à celui du dessous
qu'il avait vu sa femme bras dessus
bras dessous avec celui du dessus ?
Toujours est-il que celui du dessus
l'a su !
Et un jour que la femme du dessous
était allée rejoindre celui du dessous,
comme elle retirait ses dessous ...
et lui, ses dessus ...
soi-disant parce qu'il avait trop chaud en dessous ...
je l'ai su parce que d'en dessous,
on entend tout ce qui se passe au-dessus ...
Bref ! Celui du dessous leur est tombé dessus !
Comme ils étaient tous les deux saouls,
ils se sont tapés dessus !
Finalement, c'est celui du dessous
qui a eu le dessus !

Raymond Devos.

Par mamzelle.B
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Lundi 7 septembre 2009
L'étrange comportement de mes plantes.


Les plantes ont parfois un étrange comportement.
Exemple :
Dans mon jardin j'ai un chêne.
Un chêne !
Depuis quelques temps j'ai l'impression qu'il sent sa dernière heure arriver.
Il sent déjà le sapin !
J'ai observé que dès que la nuit tombait, il avait peur.
Il a peur dans le noir, comme un enfant.
C'est un arbre poltron, quoi !
La nuit dernière, il y avait de l'orage et à chaque éclair je voyais
ses branches se hérisser sur son tronc !
Hah ...Hah !
Tout ça dans un bruit de chêne !
Parce qu'un chêne qui a peur,
ça fait du bruit !
C'est comme un claquement de dents ...
mais dehors !
Ce sont ses glands qui, sous l'effet de la peur, s'entrechoquent !
Il claque des glands, quoi !
Autre exemple :
Chez moi dans la pièce du bas, j'ai un lierre ...
Bon qu'il grimpe le long du mur,
je ne dis trop rien.
Je fais celui qui ne voit pas !
Mais c'est que depuis quelques temps, il en abuse ! Il se déplace ! ....
Il grimpe sur les fauteuils,
il s'enroule autour des meubles !
Vous savez comment il fait ?
Il tire sur ses racines, il ramène le pot sous lui ...
... parce qu'il est très propre !
Dans ma chambre, j'ai un pied de vigne ....
Eh bien, chaque fois que je me mets dans la tenue d'Adam ...
il y a une feuille qui ...
( Il imite le mouvement de la feuille de vigne qui vient pudiquement
se placer sur le sexe. )
Je la repousse ...
Elle revient !
L'instinct !
(Il précise :)
De la vigne vierge, hein !
Attention !



Raymond Devos.

 

Par mamzelle.B
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Dimanche 28 juin 2009

On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort.
C'est difficile de juger. Moi, j'ai longtemps donné
raison à tout le monde.
Jusqu'au jour où je me suis aperçu
que la plupart des gens à qui je donnais
raison avaient tort !
Donc, j'avais raison !
Par conséquent, j'avais tort !
Tort de donner raison à des gens qui avaient
le tort de croire qu'ils avaient raison.
C'est-à-dire que moi qui n'avait pas tort,
je n'avais aucune raison de ne pas donner tort
à des gens qui prétendaient avoir raison,
alors qu'ils avaient tort !
J'ai raison, non ? Puisqu'ils avaient tort !
Et sans raison, encore ! Là, j'insiste, parce que ...
moi aussi, il arrive que j'ai tort.
Mais quand j'ai tort, j'ai mes raisons, que je ne donne pas.
Ce serait reconnaître mes torts !!!
J'ai raison, non ? Remarquez ... il m'arrive aussi
de donner raison à des gens qui ont raison.
Mais, là encore, c'est un tort.
C'est comme si je donnais tort à des gens qui ont tort.
Il n'y a pas de raison !
En résumé, je crois qu'on a toujours tort d'essayer
d'avoir raison devant des gens qui ont toutes
les bonnes raisons de croire qu'ils n'ont pas tort !


Raymond Devos.

Par mamzelle.B
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Jeudi 25 juin 2009
J'ai des doutes


(L'artiste entre tenant d'une main, une chaise, de l'autre, sa guitare.)

J'ai des doutes!... J'ai des doutes!...
Hier soir, en rentrant dans mes foyers plus tôt que d'habitude...
il y avait quelqu'un dans mes pantoufles...
Mon meilleur copain...
Si bien que je me demande si, quand je ne suis pas là... (s'asseyant)
il ne se sert pas de mes affaires !...
J'ai des doutes !...
(Se levant)... Je vais vous jouer une étude de Sor.
Sor était espagnol de 1778 à ... j'ai des doutes !...
Ce n'est pas sa pointure !... vous comprenez?... alors, il la force !...
après, moi je... (il montre que sa pantoufle est trop large).
Il n'a qu'à s'en payer une paire !
(Revenant à son étude:)
Sor était espagnol de 1778... jusqu'à... sa mort... après de très belles études...
il en a écrit plusieurs très belles aussi...
dont la cinquième que je vais vous interpréter.
(Il se rassied.)
J'ai horreur que l'on se serve de mes affaires !... Pour cinq francs !...
Il a une paire de pantoufles... n'importe où...
La Cinquième Etude de Sor.
(Il joue la première phrase de l'étude de Sor.)
... Mon pyjama !... C'est pareil !... depuis qu'il a acheté le même...
je ne retrouve plus le mien !... il s'en sert... quoi !... il n'y a pas de doute !...
(Il joue la deuxième phrase de l'étude de Sor.)
... Ma femme ne voulait pas le croire. Je lui ai dit:
"Tu vas voir !... un de ces jours... il va aussi se servir de tes affaires !"
Mon vieux, le lendemain, je retrouve son soutien-gorge dans la poche
de son pardessus ! Il s'en sert, quoi !... il n'y a pas de doute !
(Il joue la troisième phrase de l'étude de Sor.)
... Un soir, j'arrive sur le palier... j'entends:
"Profitons-en pendant qu'il n'est pas là !..."
"Débarrasse-toi de ton bonhomme de mari, c'est un rabat-joie !..."
Ah! mon vieux... j'entre... je dis à mon copain qui était là:
Oh!... Eh!... eh!... (il lui fait signe de baisser le ton).
Baisse un peu la radio, on l'entend d'en bas !
Il s'en sert, quoi !... il n'y a pas de doute !
(Il joue la quatrième phrase de l'étude de Sor.)
... Trois jours après !... j'entre... je le trouve dans mon lit,
en train de fumer une cigarette, une des miennes !...
Je dis à ma femme qui était à côté:
"Tu ne peux pas l'empécher de fumer, non? Il va
brûler mes draps!..."
Il s'en sert, quoi !... il n'y a pas de doute !
... Alors !... mes pantoufles !... mon pyjama !... ma radio !... mes cigarettes !...
et pourquoi pas ma femme pendant qu'il y est !...
(Il réalise soudain que ce n'est pas seulement de ses affaires dont son copain abuse...)
(Il réalise aussi qu'il a dévoilé son infortune devant tout le monde, et ce n'est plus qu'un pauvre homme qui joue la cinquième et dernière phrase de l'étude de Sor... et qui sort.)


Raymond Devos.

Par mamzelle.B
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Mardi 26 mai 2009

Je ne vous ai pas encore dit mon admiration pour Raymond Devos, ce jongleur du mot, mais chut ! je lui laisse la parole :



OUÏ DIRE ...





Il y a des verbes qui se conjuguent très irrégulièrement.
Par exemple le verbe OUÏR


Le verbe ouïr, au présent, ça fait :
J'ois ...J'ois ...
Si, au lieu de dire " j'entends ", je dis " j'ois ",
les gens vont penser que ce que je dis est joyeux;
alors que ce que j'entends peut être triste.
Il faut préciser :
" Dieu ! que ce que j'ois est triste ! "
J'ois ...
Tu ois ...
Tu ois mon chien qui aboie le soir au fond des bois ?
Il oit ...
Oyons-nous ?
Vous oyez !
Ils oient.
C'est bête !
L'oie oit ? Elle oit, l'oie !
Ce que nous oyons, l'oie l'oit-elle ?
Si au lieu de dire "l'oreille", on dit "l'ouïe", alors :
L'ouïe de l'oie a ouï.
Pour peu que l'oie appartienne à Louis :
" L'ouïe de l'oie de Louis a ouï "
" Ah oui ? "
" Et qu'a ouï l'ouïe de l'oie de Louis ? "
" Elle a ouï ce que toute oie oit ... "
" Et qu'oit toute oie ? "
" Toute oie oit, quand mon chien aboie le soir au fond des bois,
toute oie oit : Ouah ! Ouah ! "
Qu'elle oit, l'oie ! ..."
Au passé ça fait : J'ouis ...
J'ouis !
Il n'y vraiment pas de quoi !

 

Par mamzelle.B
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Mercredi 15 avril 2009

 

Maurice Druon nous a quitté, et d'autres que moi pourront faire son éloge.
Je n'aurai pas la décence de réduire son oeuvre à une chanson, mais j'aimerai pour ma part conserver sur mon blog Le chant des Partisans.


L’idée et l’ébauche de la mélodie du Chant des Partisans sont de la chanteuse et compositrice Anna Marly qui le reprit en 1943 à Londres, car celui-ci existait déjà au moment des périodes de soulèvements bolchéviques en Russie. Ainsi donc, elle composa la musique et les paroles originales dans sa langue maternelle, le russe. Puis Joseph Kessel et son neveu, Maurice Druon, tous deux auteurs ayant quitté la France pour rejoindre l’Angleterre et les Forces françaises libres du Général de Gaulle, et futurs académiciens, récrivirent les paroles.


Devenu l’indicatif de l’émission de la radio britannique BBC Honneur et Patrie, puis comme signe de reconnaissance dans les maquis, Le Chant des Partisans était devenu un succès mondial. On avait choisi de siffler ce chant, car la mélodie sifflée restait audible malgré le brouillage de la BBC effectué par les Allemands.

Largué par la Royal Air Force sur la France occupée, et écouté clandestinement, ce succès se répandit immédiatement tant en France qu'ailleurs dans les milieux de la Résistance et des Forces françaises de l'Intérieur. Il se prolongea dans de nombreuses interprétations ultérieures.

 

Le manuscrit original du Chant des partisans, propriété de l'État, est conservé au musée de la Légion d'honneur.


LE CHANT DES PARTISANS
(Chant de la Libération)

  

 



Ami, entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines?
Ami, entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu'on enchaîne?
Ohé! partisans,
Ouvriers et paysans,
C'est l'alarme!
Ce soir l'ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes!

Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades!
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades...
Ohé! les tueurs,
A la balle et au couteau,
Tuez vite!
Ohé! saboteur,
Attention à ton fardeau:
Dynamite!

C'est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères,
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère...
Il y a des pays
Ou les gens au creux de lits
Font des rêves;
Ici, nous, vois-tu,
Nous on marche et nous on tue,
Nous on crève.

Ici chacun sait
Ce qu'il veut, ce qui'il fait
Quand il passe...
Ami, si tu tombes
Un ami sort de l'ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Sifflez, compagnons,
Dans la nuit la Liberté
Nous écoute...

Par mamzelle.B
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